Dans un documentaire très touchant diffusé sur Arte Radio, la journaliste Elodie Font raconte comment, avant de faire son coming-out, elle a dû faire son « coming in », et accepter son homosexualité.

« Elise, Maud, Laure, Aurélie, Amélie, Céline, Julie, Marie, Stéphanie, […] En tout, il y en a eu vingt-trois. Vingt-trois personnes différentes, persuadées que j’étais homo. » C’est sur ces mots que la journaliste Elodie Font commence son histoire, et son parcours pour accepter son homosexualité, « parce que le plus dur n’est pas forcément de le dire aux autres. Ça peut être surtout de se le dire à soi« .

Dans ce reportage radio de 28 minutes, elle passe au peigne fin son adolescence avec ses anciens journaux, dans lesquels elles consignait les détails de sa vie. Tout y passe : ses premiers questionnements, puis son refus d’envisager le fait d’être homosexuelle, ses premiers copains, puis enfin ses premiers émois amoureux avec une fille.

Elle raconte aussi comment elle « [avait] très envie de hurler sur ces gens qui pensent savoir mieux qu'[elle]« , quand ses amis essayent de lui dire qu’elle est lesbienne. « Je me souviens de la première fois où on m’a dit, ‘Elo tu es homo’.  » N’importe quoi : elle est au lycée, et à ce moment-là, son crush, c’est le chanteur Patrice.

Et pourtant, petit à petit, Elodie retrouve des indices de sa sexualité naissante, éparpillés dans ses carnets, comme ce passage qu’elle retrouve dans son journal de Terminale : « Le plus surprenant, c’est lorsque mes sentiments grossissent envers quelqu’un, une fille, qui m’est inconnue, une actrice, une fille dans la rue« . Il y a aussi cette comédienne, qu’elle voit dans un film alors qu’elle a 15 ans et qui laisse comme « un impact dans [sa] poitrine« , « un sentiment qu’il va falloir étouffer » et « l’impression que quelque chose n’est pas au bon endroit« .

« Pourquoi moi putain »

Elodie évoque aussi la frustration de ne pas être comme les autres, comme ses amies, les blocages avec ses petits copains, mais également la dépression. Dans une interview à L’Obs, Elodie Font se confie : « J’espérais une résonance. Je m’étais dit : s’il y a déjà une personne à qui ça fait du bien, c’est super. Finalement, j’en ai reçu plusieurs dizaines [de messages]« .

Toujours dans L’Obs, elle explique la genèse de son projet: « J’ai rencontré Silvain Gire [journaliste à Arte Radio, ndlr] dans une espèce de journée autour des podcasts. Mon travail l’intéressait alors on s’est revus et on a discuté longuement. Dans le flux de la discussion, je lui ai expliqué que j’avais mis du temps à accepter mon attirance pour les femmes, que ça avait été compliqué. Il m’a répondu : Ah ! Bah moi ça m’intéresse. »  

Si son témoignage est par moment très dur et sombre, il se révèle aussi extrêmement drôle par moment, comme lorsqu’elle tacle le cliché de la butch et de la « butchophobe » : « ne pas aimer les lesbiennes qui s’habillent comme des garçons, qui ont des cheveux courts et des tatouages, trouver qu’elles jouent tout le temps au babyfoot et au handball, trouver qu’elles font tout le temps la gueule et qu’elles desservent la cause. » Un récit qui fait écho à l’histoire de chacun.

Je ne connais personne qui se dise en découvrant son homosexualité : « Génial, c’est le plus beau jour de ma vie ! ». Parfois cette acceptation se fait dans la douceur mais jamais dans la simplicité la plus totale. J’ai repensé à toutes ces horreurs [dites pendant la Manif pour tous] et c’est comme si Silvain avait appuyé sur le bouton « marche » d’un truc que je réfléchissais depuis longtemps. Je me suis dit pourquoi pas ! 

Coming In ramènera certainement beaucoup de gens en arrière, dans les années de questionnement. Mais rassurez-vous : c’est un happy end.

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